Cette anthologie augmentée regroupe un ensemble de poèmes reprenant la trame des livres publiés par Sandra Moussempès depuis une trentaine d’années, d’Exercices d’incendie en 1994 (son premier livre) à Sauvons l’ennemie en 2025 (son dernier). Les poèmes ne sont pas repris de façon chronologique mais réagencés dans une cohérence et un ordre nouveaux, brouillant volontairement les pistes tout en les réajustant. Un ensemble de vingt poèmes récents, inédits, Installations fantômes, parachève ce parcours original. Dans une seconde partie, des postfaces d’universitaires, de critiques littéraires et d’auteurices, viennent décentrer-éclairer différement l’oeuvre de la poétesse. Une anthologie musicale comprenant des remix électros, « Cassandre phonographiée » est disponible via un QR code à la fin du livre.
Parution : Editions MF, mars 2026
À propos de l'ouvrage
Le livre donne une idée très précise de l’oeuvre et en constitue certainement la meilleure introduction. (….) Un peu comme si c’était sa maison qu’elle nous faisait visiter, une demeure sculptée par ses pensées, hantée par des adolescentes séquestrées, des starlettes californiennes, des femmes fatales, des héroïnes médiumniques, des êtres chers, des voix fantômes (….) Plus qu’une anthologie, Chambre obscura est une sorte d’autobiographie fractale, d’errance dérivante, parmi doublure et faux-semblants, qui aurait pour fil d’Ariane une forme de quête de soi sur fond de ré-élaboration fictionnelle du moi. Un moi qui transfiguré, refiguré, dessinerait le portrait d’une poétesse dont la seule maison est le livre.
Richard Blin, Le Matricule des Anges (Article inclus dans le dossier du MDA n°272, consacré à l’oeuvre de Sandra Moussempès)
Si l’on déplie la jaquette du livre et qu’on l’observe à la lumière du soleil, les formes qui paraissaient obscures lorsque, repliées, elles protégeaient l’ouvrage, révèlent par transparence le portrait de femmes. Comme une encre magique, l’argent de l’impression offre à voir des Anglaises de l’époque victorienne qui veillent comme des gardiennes sur le livre. Les femmes, du reste, sont le sujet principal de cette anthologie très personnelle. Parmi elles, Sandra Moussempès elle-même, poète sauvée par les mots des troubles de l’existence. C’est dans l’écrin baroque et noir de la brasserie Le Zimmer, place du Châtelet, à Paris, que l’auteure de Chambre obscura nous a révélé les mystères du clair-obscur et des angles sombres de sa poésie et de ses fantômes.
Eric Dussert, Le Matricule des Anges (Introduction à l’entretien inclus dans le dossier du MDA n°272)
La Chambre obscura de la poète est peuplée de ses «héroïnes» – c’est une poésie féministe, dans le sens où l’autrice déconstruit systématiquement le regard masculin porté sur les femmes. Souvent jeunes, elles sont ici à la fois motrices et victimes d’une forme d’envoûtement. Sur elles plane une menace, dans un monde qui n’est jamais aussi réel qu’il n’y paraît. (….) Par l’entrechoquement des images et des sensations, par la présence entrevue d’une autre réalité, parallèle à la nôtre, on pense bien sûr à David Lynch (l’un des recueils de l’autrice s’intitule Fréquence Mulholland), mais aussi à Burroughs. Comme chez eux, pour goûter cette poésie il faut accepter de parcourir une zone mentale séduisante et inconfortable. «J’adore la part mauve en chacun de nous, écrit Moussempès. La où personne ne va.»
Guillaume Lecaplain, Libération, Cahier livres du samedi et Libération.fr
(…) Ainsi les textes de Cassandre à bout portant (Flammarion, 2020) rencontrent-ils les premiers poèmes issus d’Exercices d’incendie (Fourbis, 1994) ou de Vestiges de fillettes (Flammarion, 1997), créant une envoûtante confusion des voix où spectres, fantômes et absents côtoient jeunes filles maquillées, écrivaines prophétesses et actrices mythiques d’Hollywood. L’anthologie Chambre obscura, en brouillant les pistes et en cultivant le mystère, dessine un espace à la fois inquiet et envoûtant, magnétique et fascinant, où Sandra Moussempès évoque aussi les liens qui, via son père, l’ont rapprochée de Sylvia Plath ou d’Antonin Artaud. Des « Rituels (conjuratoires) » aux « Hypnoses », Chambre obscura est un objet-livre qui compose avec le clair-obscur, comme un reflet ensorcelé où l’anamorphose se trouve être l’origine d’une énonciation de soi.
Sasha Auffret, Collateral Media
Sandra Moussempès publie Chambre Obscura, une anthologie augmentée réunissant plus de trente années d’écriture, de présences fantomatiques et de performances sonores.. Conçu comme un livre inédit plutôt que comme une rétrospective, l’ensemble compose une traversée du clair-obscur : figures féminines, voix enregistrées, mémoire familiale, cinéma et hantise du réel. Au fil de cet entretien, la poétesse revient sur cette « chambre en soi » où se croisent Emily Dickinson, Sylvia Plath, David Lynch, Antonin Artaud et les fantômes de l’enfance, dans une même tentative de réinvention par le poème.
Favien Aviet, Diacritik (Entretien)
Chambre Obscura est ce livre rare qui l’ose. Mais c’est aussi un ouvrage qui exige d’être lu et écouté. Cette œuvre est une traversée dans un tunnel noir, qui impose que vous quittiez la posture frontale, car les pages imprimées en anamorphose ne se lisent qu’en tenant le livre de côté. Il faut tordre son regard pour que le sens apparaisse. Cette anthologie augmentée − tissage de poèmes et de photographies − opère à un niveau viscéral, presque ontologique. S’incliner pour lire n’y est pas une contrainte : c’est presque un geste politique. Un prétexte pour que le lectorat sonde sa propre intériorité. Une injonction à habiter sa singularité jusqu’à l’os. Est-ce alors un renoncement à la domination, au contrôle − un consentement à la vulnérabilité ? Faut-il voir comment le corps, le regard social et l’intimité la plus nue coexistent dans une même voix qui cherche à se tenir entière ?
Ladouce Yonban, Le Contre Hasard
La légende ne va-t-elle pas devenir l’élément essentiel du cliché ? Du décadentisme, de l’ère victorienne, Jane Austen, des tables tournantes à l’âge des fétiches, des médiums, de Hugo – Dommages collatéraux : – Le capitalisme… (P124) misant tout, toute la vie au casino, partie de poker menteur, dixit Marx, Rosa Luxemburg, fait toujours à l’emporte-pièce avec les moyens du bord, de son époque, le fétichisme, l’hypnose, le tape-à-l’oeil, au bonheur ddes dames de Zola pour séduire, sidérer les flâneurs – d’Adèle H, de Katherine Mansfield via Weimar, Hans Blelmer, Man Ray, des envoûtements, aux postmodernismes sous rythmes disco de Diana Ross et punk d’Alain Pacadis, la poésie de Sandra Moussempès effectue la traversée des apparences, discobole intact et intègre les Poèmes récents, inédits à la face cachée de l’essentiel
René Noêl, Sitaudis
La poète n’éxorcise rien, bien au contraire, elle envoûte, elle ajoute des ombres aux ombres, elle peuple ses poèmes de fantômes et d’esprits, de fillettes victoriennes inquiétantes, d’énigmes, de starlettes déchues – ou en phase de l’être, de médiums, de devineresses et de chanteuses. Avec la force d’une évidence m’apparait combien chaque poème de Sandra Moussempès pourrait être la trame évidée d’un roman à écrire, un roman qui parlerait de l’enfance, de nostalgie, d’un père trop vite disparu, d’abus, de figures iconiques, de doubles, que l’on s’invente comme l’ont cherche à bâtir un lieu sûr où se cacher de musiques (de l’arrière grand-tante cantatrice au poème dédié à Hope Sandoval (la chanteuse de Mazzy Star), tout est là, dans cet anthologie qui remixe en un geste époustouflant 30 ans d’écriture. Et un petit mot sur l’ouvrage en lui-même ; ses photos diaphanes, sa couverture-poster, comme toujours MF réalise des livres impeccables d’une inventivité et d’une immense justesse.
Eric Pessan, Libr-critique
Sandra Moussempès possède déjà une œuvre large et reconnue, dans laquelle j’entre par des bords tardifs, un peu en queue de poisson (…). Ce qui hante est multiple : les souvenirs, le père, les voix, les figures hollywoodiennes, les photographies, la musique, le regard masculin, les lieux, les tabous, les figures tragiques, -les fantômes sont inépuisables. Une poétique fantôme doit cependant laisser passer les spectres sans les arrêter (ils sont de toute façon impossibles à arrêter), ne pas leur donner trop de lumière ni les laisser s’échapper de la chambre de Pandore. Ils s’entremêlent, comme le « jeune polonais » du poème ci-dessus, sorti du nulle part pour y repartir aussitôt. Le « tu » qui suit est-il ce jeune polonais où un autre ? « L’ange brun » est-il une troisième personne, ou le « tu », ou le « jeune polonais », ou le « tu » et le « jeune polonais » ? La « maison sculptée » donne l’horizon d’un discours construit, mais c’est un « travail en cours », donc seulement un horizon. La maison se réduit enfin au « magasin de musique », précédé d’une « transgression ». Quelque chose s’est passé, on ne sait pas vraiment quoi, probablement juste un poème.
Clément Alfonsi, Anath & Nosfé
Découvrir l’œuvre de Sandra Moussempès c’est se déraciner de ses certitudes, accepter de fendre un brouillard temporel et identitaire. Peut-être perdre de la lumière pour regarder autrement écouter des voix et des souvenirs après leur disparition. Élevée dans un milieu intellectuel post-soixante-huitard libertaire Sandra Moussempès en garde les traces dans sa chair. Dans sa poésie on entend » le bruit de cloche fêlée de la réalité du monde où elle vivait ». Des brèches liées à une « mère prothèse » pèse sur son œuvre éclairée pourtant par la figure d’un père aimant, amoureux de cinéma, emmenant sa « petite princesse de porcelaine » dans les salles du Quartier latin. Les fantômes sont là au cœur de ses maux et de ses mots. (…) Il faut aussi saluer le travail éditorial des éditions MF pour ce très beau livre-objet, anthologie recomposée accompagnée d’un QR code ouvrant sur des compositions musicales aux voix vibrantes et fantomatiques aussi discrètes qu’inquiétantes. La lecture devient une expérience sonore troublante, envoûtante portée par un langage inventé. Coup de cœur silencieux pour cette poésie sonore, brouillée, fissurée qui questionne l’identité féminine.
Bruit de plume, Instagram