Chambre obscura (Anthologie augmentée 1994-2026)

Sandra Moussenpès, 'Chambre obscura (Anthologie augmentée 1994-2026)', publication, 2026

Cette anthologie augmentée regroupe un ensemble de poèmes reprenant la trame des livres publiés par Sandra Moussempès depuis une trentaine d’années, d’Exercices d’incendie en 1994 (son premier livre) à Sauvons l’ennemie en 2025 (son dernier). Les poèmes ne sont pas repris de façon chronologique mais réagencés dans une cohérence et un ordre nouveaux, brouillant volontairement les pistes tout en les réajustant. Un ensemble de vingt poèmes récents, inédits, Installations fantômes, parachève ce parcours original. Dans une seconde partie, des postfaces d’universitaires, de critiques littéraires et d’auteurices, viennent décentrer-éclairer différement l’oeuvre de la poétesse. Egalement chanteuse et performeuse, une anthologie musicale de compositions de l’autrice comprenant des duos avec d’autres auteurices et des remix électros, « Cassandre phonographiée » est disponible via un QR code à la fin du livre.

Parution : Editions MF, mars 2026

À propos de l'ouvrage

Le livre donne une idée très précise de l’oeuvre et en constitue certainement la meilleure introduction. (….) Un peu comme si c’était sa maison qu’elle nous faisait visiter, une demeure sculptée par ses pensées, hantée par des adolescentes séquestrées, des starlettes californiennes, des femmes fatales, des héroïnes médiumniques, des êtres chers, des voix fantômes (….) Plus qu’une anthologie, Chambre obscura est une sorte d’autobiographie fractale, d’errance dérivante, parmi doublure et faux-semblants, qui aurait pour fil d’Ariane une forme de quête de soi sur fond de ré-élaboration fictionnelle du moi. Un moi qui transfiguré, refiguré, dessinerait le portrait d’une poétesse dont la seule maison est le livre.

Richard Blin, Le Matricule des Anges (Article inclus dans le dossier du MDA n°272, consacré à l’oeuvre de Sandra Moussempès)


Si l’on déplie la jaquette du livre et qu’on l’observe à la lumière du soleil, les formes qui paraissaient obscures lorsque, repliées, elles protégeaient l’ouvrage, révèlent par transparence le portrait de femmes. Comme une encre magique, l’argent de l’impression offre à voir des Anglaises de l’époque victorienne qui veillent comme des gardiennes sur le livre. Les femmes, du reste, sont le sujet principal de cette anthologie très personnelle. Parmi elles, Sandra Moussempès elle-même, poète sauvée par les mots des troubles de l’existence. C’est dans l’écrin baroque et noir de la brasserie Le Zimmer, place du Châtelet, à Paris, que l’auteure de Chambre obscura nous a révélé les mystères du clair-obscur et des angles sombres de sa poésie et de ses fantômes.

Eric Dussert, Le Matricule des Anges (Introduction à l’entretien inclus dans le dossier du MDA n°272)


La Chambre obscura de la poète est peuplée de ses «héroïnes» – c’est une poésie féministe, dans le sens où l’autrice déconstruit systématiquement le regard masculin porté sur les femmes. Souvent jeunes, elles sont ici à la fois motrices et victimes d’une forme d’envoûtement. Sur elles plane une menace, dans un monde qui n’est jamais aussi réel qu’il n’y paraît. (….) Par l’entrechoquement des images et des sensations, par la présence entrevue d’une autre réalité, parallèle à la nôtre, on pense bien sûr à David Lynch (l’un des recueils de l’autrice s’intitule Fréquence Mulholland), mais aussi à Burroughs. Comme chez eux, pour goûter cette poésie il faut accepter de parcourir une zone mentale séduisante et inconfortable. «J’adore la part mauve en chacun de nous, écrit Moussempès. La où personne ne va.»

Guillaume Lecaplain, Libération, Cahier livres du samedi et Libération.fr


(…) Ainsi les textes de Cassandre à bout portant (Flammarion, 2020) rencontrent-ils les premiers poèmes issus d’Exercices d’incendie (Fourbis, 1994) ou de Vestiges de fillettes (Flammarion, 1997), créant une envoûtante confusion des voix où spectres, fantômes et absents côtoient jeunes filles maquillées, écrivaines prophétesses et actrices mythiques d’Hollywood. L’anthologie Chambre obscura, en brouillant les pistes et en cultivant le mystère, dessine un espace à la fois inquiet et envoûtant, magnétique et fascinant, où Sandra Moussempès évoque aussi les liens qui, via son père, l’ont rapprochée de Sylvia Plath ou d’Antonin Artaud. Des « Rituels (conjuratoires) » aux « Hypnoses », Chambre obscura est un objet-livre qui compose avec le clair-obscur, comme un reflet ensorcelé où l’anamorphose se trouve être l’origine d’une énonciation de soi. 

Sasha Auffret, Collateral Media


Sandra Moussempès publie Chambre Obscura, une anthologie augmentée réunissant plus de trente années d’écriture, de présences fantomatiques et de performances sonores.. Conçu comme un livre inédit plutôt que comme une rétrospective, l’ensemble compose une traversée du clair-obscur : figures féminines, voix enregistrées, mémoire familiale, cinéma et hantise du réel. Au fil de cet entretien, la poétesse revient sur cette « chambre en soi » où se croisent Emily Dickinson, Sylvia Plath, David Lynch, Antonin Artaud et les fantômes de l’enfance, dans une même tentative de réinvention par le poème.

Favien Aviet, Diacritik (Entretien)


« Que peut-on voir d’un visage effacé dans le miroir ? », s’interroge Sandra Moussempès dans « Le poème prolixe », interrogation qui tend l’ensemble de Chambre obscura, cette anthologie donnant à considérer l’essentiel de plus de trente ans d’écriture. En quête de l’au-delà du visible, attentive à ce qui se tient derrière les apparences et en-deçà de ce qui est convenu, Sandra Moussempès laisse entrevoir par cette anthologie une étrange incertitude aussi fondamentale que troublante qui prend forme et corps au cœur d’une poésie marquée par l’indistinction des expériences vécues autant que par les obsessions d’un regard sur le monde tantôt comme traqué par ce qui le hante, tantôt comme entaille portée dans l’ordre tranquille des choses…. »

Sasha Auffret, Diacritik


Chambre Obscura est ce livre rare qui l’ose. Mais c’est aussi un ouvrage qui exige d’être lu et écouté. Cette œuvre est une traversée dans un tunnel noir, qui impose que vous quittiez la posture frontale, car les pages imprimées en anamorphose ne se lisent qu’en tenant le livre de côté. Il faut tordre son regard pour que le sens apparaisse. Cette anthologie augmentée − tissage de poèmes et de photographies − opère à un niveau viscéral, presque ontologique. S’incliner pour lire n’y est pas une contrainte : c’est presque un geste politique. Un prétexte pour que le lectorat sonde sa propre intériorité. Une injonction à habiter sa singularité jusqu’à l’os. Est-ce alors un renoncement à la domination, au contrôle − un consentement à la vulnérabilité ? Faut-il voir comment le corps, le regard social et l’intimité la plus nue coexistent dans une même voix qui cherche à se tenir entière ?

Ladouce Yonban, Le Contre Hasard


La légende ne va-t-elle pas devenir l’élément essentiel du cliché ? Du décadentisme, de l’ère victorienne, Jane Austen, des tables tournantes à l’âge des fétiches, des médiums, de Hugo – Dommages collatéraux : – Le capitalisme… (P124) misant tout, toute la vie au casino, partie de poker menteur, dixit Marx, Rosa Luxemburg, fait toujours à l’emporte-pièce avec les moyens du bord, de son époque, le fétichisme, l’hypnose, le tape-à-l’oeil, au bonheur ddes dames de Zola pour séduire, sidérer les flâneurs – d’Adèle H, de Katherine Mansfield via Weimar, Hans Blelmer, Man Ray, des envoûtements, aux postmodernismes sous rythmes disco de Diana Ross et punk d’Alain Pacadis, la poésie de Sandra Moussempès effectue la traversée des apparences, discobole intact et intègre les Poèmes récents, inédits à la face cachée de l’essentiel

René Noêl, Sitaudis


Des voix, des ombres, des réminiscences, des réticences : des distanciations de leurs projections — insuffisantes et dominatrices figurations féminines, cinématographiques, fantomatiques. Cette anthologie couvrant les années 1994-2026 s’augmente, outre de quelques poèmes contemporains, de belles et spectrales photos ainsi que d’un appareil critique et poétique pour, au pluriel, en prolonger la réception. Chambre Obscura propose une révélatrice écoute des voix qui hantent nos représentations du monde, qui par réticence apparaissent et de leur spectre sonore et, insidieusement, en fragmentent les certitudes, en retiennent les abandons, en absence en suturent les deuils et rémanences. De l’ensemble de poèmes de Sandra Moussempès se dégage de puissantes images, leurs fugaces révenances et leurs impersonnelles disparitions un instant retenues.

La Viduité


La poète n’éxorcise rien, bien au contraire, elle envoûte, elle ajoute des ombres aux ombres, elle peuple ses poèmes de fantômes et d’esprits, de fillettes victoriennes inquiétantes, d’énigmes, de starlettes déchues – ou en phase de l’être, de médiums, de devineresses et de chanteuses. Avec la force d’une évidence m’apparait combien chaque poème de Sandra Moussempès pourrait être la trame évidée d’un roman à écrire, un roman qui parlerait de l’enfance, de nostalgie, d’un père trop vite disparu, d’abus, de figures iconiques, de doubles, que l’on s’invente comme l’ont cherche à bâtir un lieu sûr où se cacher de musiques (de l’arrière grand-tante cantatrice au poème dédié à Hope Sandoval (la chanteuse de Mazzy Star), tout est là, dans cet anthologie qui remixe en un geste époustouflant 30 ans d’écriture. Et un petit mot sur l’ouvrage en lui-même ; ses photos diaphanes, sa couverture-poster, comme toujours MF réalise des livres impeccables d’une inventivité et d’une immense justesse.

Eric Pessan, Libr-critique



Sandra Moussempès possède déjà une œuvre large et reconnue, dans laquelle j’entre par des bords tardifs, un peu en queue de poisson (…). Ce qui hante est multiple : les souvenirs, le père, les voix, les figures hollywoodiennes, les photographies, la musique, le regard masculin, les lieux, les tabous, les figures tragiques, -les fantômes sont inépuisables. Une poétique fantôme doit cependant laisser passer les spectres sans les arrêter (ils sont de toute façon impossibles à arrêter), ne pas leur donner trop de lumière ni les laisser s’échapper de la chambre de Pandore. Ils s’entremêlent, comme le « jeune polonais » du poème ci-dessus, sorti du nulle part pour y repartir aussitôt. Le « tu » qui suit est-il ce jeune polonais où un autre ? « L’ange brun » est-il une troisième personne, ou le « tu », ou le « jeune polonais », ou le « tu » et le « jeune polonais » ? La « maison sculptée » donne l’horizon d’un discours construit, mais c’est un « travail en cours », donc seulement un horizon. La maison se réduit enfin au « magasin de musique », précédé d’une « transgression ». Quelque chose s’est passé, on ne sait pas vraiment quoi, probablement juste un poème.

Clément Alfonsi, Anath & Nosfé


Découvrir l’œuvre de Sandra Moussempès c’est se déraciner de ses certitudes, accepter de fendre un brouillard temporel et identitaire. Peut-être perdre de la lumière pour regarder autrement écouter des voix et des souvenirs après leur disparition. Élevée dans un milieu intellectuel post-soixante-huitard libertaire Sandra Moussempès en garde les traces dans sa chair. Dans sa poésie on entend  » le bruit de cloche fêlée de la réalité du monde où elle vivait ». Des brèches liées à une « mère prothèse » pèse sur son œuvre éclairée pourtant par la figure d’un père aimant, amoureux de cinéma, emmenant sa « petite princesse de porcelaine » dans les salles du Quartier latin. Les fantômes sont là au cœur de ses maux et de ses mots. (…) Il faut aussi saluer le travail éditorial des éditions MF pour ce très beau livre-objet, anthologie recomposée accompagnée d’un QR code ouvrant sur des compositions musicales aux voix vibrantes et fantomatiques aussi discrètes qu’inquiétantes. La lecture devient une expérience sonore troublante, envoûtante portée par un langage inventé. Coup de cœur silencieux pour cette poésie sonore, brouillée, fissurée qui questionne l’identité féminine.

Bruit de plume, Instagram


Les poèmes, comme les photos rassemblées dans les premières pages de ce livre anthologique, qui est aussi une œuvre d’art par sa couverture et les photos des pages initiales, montrent des femmes habillées à la manière des Charlotte Brontë, corsetées dans de grandes robes noires rigides du 19è siècle qui gênent le mouvement et la respiration autant qu’elles font voir la tension et l’incarcération des corps féminins. Frôlant le surréalisme dans son émergence de l’expression des désirs, même s’ils tangentent les violences et les meurtrissures, les poèmes ici rassemblés dans une « inquiétante étrangeté » placent le lecteur devant l’ambivalence d’exquises souffrances. A la différence de Joyce Mansour dont les « je » déjettent la violence en paroles, et en sont les acteurs, Sandra Moussempès écrit une violence pourtant freinée, étrangement feutrée, subie et parfois agie, en faisant voyager dans l’univers étrange et hétérotopique de la poupée désarticulée (peut-on penser à Hans Bellmer ?).

Béatrice Bloch, Sitaudis


Cette anthologie non chronologique en trois actes traduit, plus que les sujets récurrents, les obsessions de l’autrice. Quelles que soient les époques d’écriture, les actrices de son film intérieur sont les mêmes : des jeunes filles qui semblent sortir d’Hollywood et qui ont perdu leur innocence, des séances de spiritisme, des souvenirs personnels, des fantômes qui ne trouvent pas le repos ainsi que la violence de la sexualité. Lire Sandra Moussempès, c’est comme si nous assistions à une projection d’un film de David Lynch mis en scène par Sofia Coppola, avec dans le rôle titre Emily Brontë. Ces fragments nous collent à la peau, ici tout est climat et sensation.
Dans la seconde partie de cette anthologie, ce sont les voix d’autres auteur·ices qui évoquent Sandra Moussempès (Liliane Giraudon, Bastien Gallet, Anne Malaprade…). Sans expliquer son travail, ils et elles proposent un éclairage pertinent qui donne envie de relire le recueil avec un regard neuf.Et comme la magie n’est jamais loin, un QR code à la fin du livre vous ouvre la porte de poèmes sonores, dont des enregistrements de textes inédits.

Romain BIllard, Librairie La fleur qui pousse à l’intérieur


Proses et poésie se succèdent jusqu’à l’arrivée nette des femmes, des filles ressemblant à une « Sophie » de Madame de Sévigné, un peu méchantes. Une écriture sensuelle qui retourne la mémoire, thème suggéré dans les photographies.

François Favretto, revue L’Intranquile