
Déambulation de la voix comme dispositif sonore et amoureux, interrogeant le devenir des enregistrements. En filigrane transparaissent une histoire d’amour indéfinissable, des mémoires vocales archivées, la célèbre catatrice sicilienne Angelica Pandolfini, ancêtre de l’autrice, qui découvre sa voix captée en 1903 – et une tessiture commune – par l’intermédiaire d’un gramophone dépoussiéré sur internet.
Parution : Éditions de l'Attente, janvier 2020
À propos de l'ouvrage
Le livre est une troublante méditation sur la voix et les mots, la forme des mots, la ligne suivie une fois proférés dessinant le destin des paroles qu’on dit « envoûtées » : « La forme des mots que nous prononçons est le sujet principal de cette histoire » précise Sandra Moussempès qui propose avec « Cinéma de l’affect » un livre original, étrange et envoûtant. »
Alain Nicolas, L’humanité
Entre catharsis et performance, c’est la matière-émotion de la voix que Sandra Moussempès cherche d’abord à habiter. Pour en faire partager les affects corporels, pour donner à entendre sa musique insoupçonnée, celle qu’il s’agit d’entendre avec autre chose que l’oreille de chair. Qui n’est qu’effets de présence, ricochets de résonances trans-temporelles, éros phonatoire, jouissance exaltante qui peut aussi rendre fou. Un débordement d’énergies instables que la poésie de Sandra Moussempès distille en éclats épiphaniques d’instants troubles, de moments fugitifs qu’elle fait entrer en résonance avec le présent de l’écriture.
Richard Blin, Le Matricule des Anges
Depuis, bientôt une vingtaine d’années, recueil après recueil, Sandra Moussempès s’est imposée comme une des figures majeures de la poésie contemporaine. Les années 20 s’ouvrent avec bonheur sur l’un de ses textes les plus remarquables, le spectral et puissant Cinéma de l’affect qui paraît aux éditions de l’Attente. Dans cet opéra-poème, phonographe capteur de voix diffuses et profuses, Sandra Moussempès convoque à partir d’Angelica Pandolfini, célèbre cantatrice qui fut son ancêtre, un véritable atlas à la Warburg des voix disparues mais présentes.
Johan Faerber, Diacritik
Écrire le mouvement est le propre du cinéma. Écrire les voix serait le propre de la poésie telle que Sandra Moussempès la conçoit depuis que ses livres chantent les incendies, les fillettes, les idylles, les ombres peintes, et autres sunny girls ou télépathes… Le sous-titre de ce dernier ouvrage précise qu’il s’agit de restituer des « Boucles de voix off pour film fantôme ». Soit, donc, mettre en musique, sampler, organiser des voix dont les corps sont absents.
Anne Malaprade, Poézibao
Si le sous-titre choisi ici par Sandra Moussempès, « Boucles de voix off pour film fantôme », apparaîtra une fois de plus à la fois vertigineux et juste, c’est bien qu’elle a su s’approprier avec une grande finesse la métaphore fantôme(on songera certainement à l’usage qu’en fait de son côté Ryoko Sekiguchiavec son « Manger fantôme » en 2012, dans une autre direction sensorielle, celle du goût et des papilles). Comme dans le « Substance » de Claro, pourtant situé sur un terrain apparemment bien différent, l’expérience ectoplasmique, devenue production concrète d’un assemblage rêvé de sons, à la fois fragile et indestructible, associe un humour nécessaire et discret à un récit poétique toujours aussi ambitieux.
Hughes Robert, Blog de la librairie Charybde
En quoi une œuvre littéraire marque-t-elle le lecteur ? Parce qu’elle est singulière. Celle de Sandra Moussempès l’est de bout en bout. Dans Cinéma de l’affect sont convoquées différentes strates de la mémoire en une succession de tableaux sonores, un peu comme les images rémanentes des rêves qui s’enchaînent dans une apparente incohérence au réveil, en suggérant malgré tout une séquence intelligible. Celle d’Angelica Pandolfini, cantatrice et ancêtre de l’autrice, celle de l’amour, celle de la mort qui peut sembler clore toute chose, celle des objets qui font circuler cette mémoire.
Dominique Panchèvre, Magazine Perluète, Normandie Livre & Lecture
Moussempès compose ce recueil en investissant intensivement le champ du sonore. Dans une sorte d’emboîtement, les images de son film fantôme se révèlent ectoplasmes du son, le son étant lui-même ectoplasme qui émane du poème. Moussempès met à disposition de l’autre dénué de corps, de voix, ou de désir propre, les ondes de son univers comme potentiels d’énonciation. Sa retranscription transversale de l’absence ne présage d’aucun discours spécifique, mais témoigne du magnétisme des transmutations.
Ritta Baddoura, L’Orient Littéraire (Liban)
Le thème de l’archivage des sons, de la muséification des voix, l’interrogation sur leur devenir lorsqu’elles sont enfouies dans tel ou tel appareil (magnétophone ou boîte de messagerie vocale) sont l’occasion pour l’autrice de rêver à leur puissance, à leur potentialité (est-ce qu’une voix qu’on n’actualise pas existe ? est-ce qu’elle conserve sa jeunesse dans le tombeau où on la dépose ?). Est-ce que tout ce qui disparaît, en définitive, ne continue pas de chanter à l’oreille, de murmurer son retour, d’être la bande-son de notre rapport au réel ? Peut-être que ce qui est perdu continue d’exister comme voix off (fût elle justement éteinte mais ne demandant qu’à être réanimée) et de disséminer dans le présent tel « un diffuseur d’huiles essentielles stroboscopique » ?
Laurent Albarracin, revue Catastrophes
Ce livre donne un caractère magique à la poésie et plus globalement à la littérature. Il ne tombe pas pour autant dans l’ésotérisme de pacotille. C’est un envoûtement que Sandra Moussempès maîtrise comme elle contrôle la temporalité de ces évocations. Les voix invoquées résonnent dans toutes les pages du livre comme des murmures de fantômes qui au lieu de nous effrayer nous attirent et nous apaisent.
Adrien Meignan, Addict-culture
Le dédale que constitue le nouveau livre de Sandra Moussempès est organisé, comme l’indique le sous-titre, en sept « boucles » centré sur le phénomène de la voix : la forme des mots que nous prononçons est le sujet principal de cette histoire. On sait l’importance du son pour l’auteure, elle-même chanteuse, ayant réalisé de nombreuses performances et dont vient de paraître un album qui convoque un langage purement sonore, sans aucun texte (Vox Museum).
François Crosnier, Libr-Critique
Ce volume qui résume toute l’entreprise de Sandra Moussempès est à lire en écoutant l’album Vox Museum, qui ressortit à « la poétique de l’audio-poème » : la voix est le médium de l’affect et nous plonge de façon hypnotique dans une boîte à fantômes et à fantasmes. D’un entremêlement de notations, de graphiques, de photos et de voix, surgissent aussi bien « l’amoureux errant de ce dédale » qu’une figure familiale, l’impressionnante cantatrice sicilienne Angelica Pandolfilni, maîtresse de Toscanini.Impossible de s’en tirer, envoûté que l’on est par ce « conte de fée psychique », ce « théâtre mental », ce « Muséum des tessitures flottantes »…
Fabrice Thumerel, Libr-critique
Depuis de nombreuses années, Sandra Moussempès explore la façon poétique de faire sens et de débrouiller le brouillard. Avec ce nouveau texte, Cinéma de l’affect, que publient les éditions de l’Attente, elle questionne de nouvelles tessitures qui font l’étrange son du monde. Un nouveau texte de Sandra Moussempès paraît aux éditions de l’Attente. C’est Cinéma de l’affect (Boucles de voix off pour film fantôme). Réjouissons-nous de cette singularité supplémentaire qui engramme l’œuvre de la poétesse. Ce texte – comment dire à la fois, en un seul mot, en un seul bloc, qu’il est prose, poésie, tentation de l’essai, expérimentation d’un genre biographique, autobiographique, historique, musical, qu’il est aussi fantasmagorie, féerie, magie ? – s’avance d’abord un peu masqué. Ceux qui n’ont pas encore lu le moindre livre de Sandra Moussempès seront peut-être un peu désarçonnés. Comme les partitions de Mozart, ses textes aiment les départs en anacrouse. Ils se demanderont aussi quel est ce prodige à l’œuvre qui s’en va par les branches, comme on dit dans le Gers, dans certaines occasions de la raison supposée enfuie. Les autres applaudiront à ce subtil charivari des strates qui brouille les généalogies, l’explication du monde par le simple constat de la succession des couches de terres, de fossiles, de roches, de magma, de substrats, de gravats de toutes natures.
Serge Airoldi, ALCA