
Poupées décapitées, ciseaux, baignoires, tissus et cosmétiques, photographies muettes, « passages » d’Emily Brontë et de Cindy Sherman, paysages industriels hantés de corps désoeuvrés, inertes, abandonnés… Au fil de textes laconiques, regroupés en séries et régis par un travail prosodique qui les maintient à égale distance du lyrisme et du prosaïsme, de la « vision » et du « reportage », l’univers de Sandra Moussempès s’avère d’une inquiétante étrangeté : l’innocence y côtoie la perversité, l’imagination vient constamment y perturber une réalité atone, indécise – à l’ombre d’une enfance ici mise en pièces, exténuée pourrait-on dire avec une rage sourde, une tendresse déconcertée.
Parution : Coll. "poésie", Flammarion, avril 1997
À propos de l'ouvrage
Les photos de Cindy Sherman présentent des copies déroutantes d’images de femmes imaginaires jouées par d’autres femmes. De telles photos « masquent l’absence de réalité profonde », pour reprendre la formule de Baudrillard. Les descriptions verbales incluses dans Vestiges de fillette, étant encore plus détachées d’une source réelle, seraient, alors, « [leur] propre simulacre pur ». Puisque Moussempès met en relief l’emploi des miroirs, des perruques et du rouge à lèvres dans ses poèmes d’ »ESPOIRS ‘sans tain’ », une esthétique du simulacre se présente de façon consciente dans ces poèmes.
John Stout, « Le détournement de l’image cinématographique dans la poésie de Sandra Moussempès et Jérôme Game », dans Nathalie Dupont et Éric Trudel (dir.) Tout peut servir – Pratiques et enjeux du détournement dans le discours littéraire des XXème et XXIème siècles, Presses de l’université du Québec, 2001
La poésie de Sandra Moussempès, en contrepoint d’une narration existentielle, explore tout autant les différentes possibilités d’écriture, quête dans l’aléatoire du fragment la potentialité d’un récit, d’un sens (et en cela tient au plus près de la poésie contemporaine, de la recherche d’une voie où tradition et modernité, lyrisme et prosaïsme marcheraient de concert) qu’elle parvient à dire la perversion de l’évolution humaine.
Lionel Destremau, revue Prétexte
Une écriture elliptique , le plus souvent, d’une belle et sombre simplicité, sans excès de trucs éculés et de dispositifs typographiques. Vestiges de fillette est assurément un livre étonnant, du fait de l’équilibre toujours sauf entre l’élan lyrique et la réduction prosaïque, sans concessions qui le dénonce. L’originalité de ton est grande.
Philippe Delaveau, Le Nouveau Recueil
Sa poésie à l’exacte jonction du savant et du naïf, morcelle et le corps et l’espace de narrateurs, petites filles, poupées et autres ambigues figures de langues. Délicieuse et sucrée comme un bonbon rêvé, violente et délicate comme une épice rare, sa langue est rare et pourtant naturellement prodigue. Prodigue parceque généreuse et pourtant étrangement détachée comme un rêve de soi, comme un désir dont l’objet est toujours retardé (…). On est pas loin par exemple d’un David Lynch.
Claude Chambard, Les Lettres d’Aquitaine
Exercices d’incendie puis Vestiges de fillette réunissent ainsi les pièces d’un procès qui n’est plus à poursuivre, regroupant des éléments preuves – souvenirs, anecdotes, pièces à conviction, scènes, photographies, traces matérielles ou volatiles – qui meublent une mémoire outrée par ce que le passé a pu recouvrir. Démeublent également, puisqu’il ne s’agit surtout pas de préserver le passé, ou de le conserver intact : qu’il brûle au contraire, consumant son lot de scènes originelles. (…) Blue Velvet l’atmosphère est douce et ardente, les violences sachant se faire carresses. (…)
Anne Malaprade, 14 poètes, Prétexte Éditeur
Mises en scène, jeux, exercices incantatoires, libératoires : un projet d’auto-métamorphose. Ou simplement un changement de robe. Le trousseau de la poupée est remisé dans la valise cretonne, l’histoire peut commencer. (…) Sur ce beau livre de dents de lait, d’odeur d’enfance, flotte comme un désir d’offrande, de pureté. De spiritualité ?
Revue Ascèse
L’écriture emprunte aux miroitements stroboscopiques leurs éclats, leur puissance de révélation fugitive. Illuminations brèves. Découverte des « mille et une facette de son image ». Lumières précipitées dans l’obscur : « La nuit profonde et les éclairs dans le ciel noir sont le fond étanche de votre éclat désordonné ». (…) Constante et délibérée modification des stratégies d’écriture. Réponse construite en vertige. Un livre où, dans l’invention de sa forme, la poésie saurait prendre des risques vis-à-vis d’elle-même. Vestiges de fillette, avec ses défauts, grâce à ses défauts, participe magnifiquement de ce risque.
Xavier Person, Le Matricule des Anges
Il y a par-delà du langage quelque peu « branché ou mode » (mais après tout il s’agit bien des « vestiges d’une fillette », photos de mode glamour, ou rouge à lèvres, miroir de salle de bains, bretelles à dentelles ou yeux fuschia), un étonnant usage du lieu commun dont l’énonciation volontairement minimale provoque comme un retour du banal. (…) Ce livre, ces vestiges sont les simulacres du réel, de l’enfance, de la poésie même dont l’auteur simule les formes pour mieux les faire imploser.
Benoît Conort, Le français dans le Monde
(…) Scissors and knives play an important part in these prose poems of dismemberment, whose Freudian shadow is never far. The birth trauma and the trauma of death are coequals in Vestiges de fillette. The narcissistic mirror of Moussempès’s clippings has a vague taste of Cocteau; her dancing dolls are reminiscent of The tale of Hoffmann. Much of her world is mechanical or artificial, like the frequent references to an excess of makeup.(…) In the cathles and cathedrals of this volume there also lurks the shadow of the Marquis de Sade. (…) readers of Vestiges de fillette will come away with a sens of dis-ease, but also with an admiration for a language of childhood vigorously renewed : « J’ouvrais mes veines et je dansais la nuit ».
Mechtild Cranston, World Literature Today, Clemson University (États-Unis)